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Anticorps antinucléaires

 

Plan

Généralités

Immunofluorescence indirecte : généralités et apport au clinicien

Immunofluorescence sur cellules Hep2

Anticorps antinucléaires

Anticorps anticytoplasmiques

 

 

 

 

 

Généralités

 

Les anticorps anti-nucléaires (ANA pour antinuclear antibodies) sont des auto-anticorps dirigés contre des constituants du noyau.

Le lupus érythémateux systémique est l'archétype de maladie auto-immune où sont détectés les ANA. Cependant, les ANA sont présents dans de nombreuses autres maladies

La détection et la caractérisation des ANA sont une étape déterminante devant toute manifestation clinique évoquant une maladie auto-immune. Mais elle nécessite une stratégie qui comprend :

Notons que certains anticorps dirigés contre des constituants cytoplasmiques sont dépistés par les mêmes techniques que les anticorps anti-nucléaires (immunoflorescence indirecte sur culture cellulaire Hep2) et par abus de language sont souvent appelés ANA.

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Immunofluorescence indirecte : généralités et apport au clinicien

Deux techniques sont utilisées

Immunofluorescence indirecte

sur foie (ici de rat)

  • Méthode globale de dépistage très sensible (95 %),
  • aujourd'hui rendue désuète devant son manque de spécificité et la généralisation des cultures cellulaires.

Immunofluorescence sur culture cellulaire,

méthode de référence actuellement.

Les cellules Hep2, issues de la culture de cellules tumorales d'origine humaine (carcinome laryngé), ont pour avantage :

  • de posséder des noyaux proéminents, rendant plus aisée la détection et l'analyse des anticorps antinucléaires
  • de permettre, grâce à la présence de nombreuses cellules en cours de division, la mise en évidence des auto-anticorps dirigés contre des structures mitotiques

 

La recherche d'anticorps se fait par dilutions successives du sérum du patient et par adjonction d'un sérum fluorescent qui se fixe sur les anticorps. Plus la dilution est importante, moins la fluorescence est marquée pour disparaître au-delà d'une dilution seuil, qui fournit le résultat (qui est donc exprimé en dilution : 1/80; 1/160; 1/320 ...).

Une difficulté est la présence d'ANA dans 20% environ de la population. Ces ANA, non pathogènes, sont à taux faibles ou moyens. La prévalence d'ANA chez le sujet sain augmente avec l'âge.

 

Il est donc important de bien peser l'indication de la recherche d'ANA, en fonction du contexte clinique.

 

Contexte clinique
Fréquence de la positivité des ANA

Maladies où la détection des ANA est très utile pour le diagnostic

  • Lupus érythémateux systémique (LES)
  • Syndrôme de Sjögren
  • Sclérodermie systémique
  • 95-100%
  • 40-70%
  • 60-80%

Maladies où la détection des ANA est utile pour le pronostic ou le suivi évolutif

  • Myopathies inflammatoires chroniques (dermato- et polymyosite)
  • Arthrite chronique juvénile
  • Syndrome de Raynaud
  • 30-80%
  • 20-50%
  • 20-60%

Circonstances où la détection d'anticorps est un critère diagnostique

  • Lupus induit
  • Hépatite auto-immune
  • MCTD*
  • 100%
  • 100%
  • 100%

Maladies où il est inutile de dépister des ANA

  • Polyarthrite rhumatoïde (sauf diagnostic avec LES)
  • Sclérose en plaques
  • Purpura thrombopénique idiopathique
  • Maladies de la thyroïde
  • Lupus discoïde
  • Maladies infectieuses
  • Cancers
  • Patients ayant des implants en silicone
  • Fibromyalgie
  • Parents de patients ayant un LES ou une sclérodermie
  • 30-50%
  • 25%
  • 10-30%
  • 30-50%
  • 5-25%
  • variable
  • variable
  • 15-25%
  • 15-25%
  • 5-25%

*MCTD : Mixed Connectice Tissue Disease ou syndrome de Sharp

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L'immunofluorescence indirecte sur cellules Hep2

Aspects de la fluorescence

On décrit trois aspects de fluorescence nucléaire (détectant donc des anticorps antinucléaires) :

Il existe un quatrième type de fluorescence : fluorescence cytoplasmique correspondant à des anticorps anticytoplasmiques.

L'aspect est souvent évocateur d'un type d'anticorps.

 

Fluorescence nucléaire

Aspect homogène

Fluorescence nucléaire

Aspect moucheté

Fluorescence nucléolaire

 

Fluorescence cytoplasmique

 

 

Notons qu'il n'est pas rare d'observer des aspects mixtes mêlant plusieurs types de fluorescence

Fluorescence mixte nucléaire homogène et nucléolaire

Fluorescence nucléaire mixte mouchetée et nucléolaire

 

 

L'aspect de la fluorescence permet d'orienter le diagnostic, car évoque un ou plusieurs antigènes cibles et une ou plusieurs pathologies associées

Aspect en fluorescence
Antigène cible
Pathologies associées

 

Fluorescence nucléaire

 
Homogène

dsDNA

 

Histone

  • Lupus érythémateux systémique (95%)
  • Lupus discoïde
  • Polyarthrite rhumatoïde
  • Hépatite auto-immune
  • Lupus érythémateux systémique
  • Lupus induit
Nucléolaire
Pm/Scl
  • Sclérodermie systémqie (30%)
  • Polymyosite
  • Sclerodermie
  • Syndrome de chevauchement
  • Hypertension artérielle pulmonaire
Matrice nucléaire
hRNP
  • MCTD*
  • Lupus érythémateux systémique
Finement granulaire

SSA

SSB

  • Lupus érythémateux systémique (45%)
  • Syndrome de Sjögren (95%)
  • Sclérodermie (5%)
Moucheté (gros grains)
snRNP
  • Lupus érythémateux systémique
  • Syndrome de chevauchement
Centromère
CENT A-E
  • CREST/ Sclérodermie limitée
Proliferating Cell Nuclear Antigen (PCNA)
Cycline
  • Lupus érythémateux systémique (2-3%, souvent associé à une atteinte rénale)
Taches nucléaires
p80 coiline
  • maladies auto-immunes et virales

 

Fluorescence cytoplasmique

 
Finement granulaire
Jo1
  • Polymyosite (20-40%)
Ribosome
Ribosome P
  • Lupus érythémateux systémique (10-15%)
Mitochondrial
M2 (pyruvate deshydrogenase)
  • Cirrhose biliare primitive (90%)
  • Sclérodermie (40%)
Reticulum endothélial
cytochrome P450
  • Hépatite médicamenteuse
Golgi
variés
  • Lupus érythémateux systémique (rare)
  • Syndrome de Sjögren
Cytokeratine
Cytokeratine
  • Polyarthrite rhumatoïde (30-80%)
  • MCTD*
  • Hépatite auto-immune
  • Maladie de Crohn
  • Cancer du poumon

*MCTD : Mixed Connectice Tissue Disease ou syndrome de Sharp

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Anticorps antinucléaires

Fluorescence homogène

Type d'auto-anticorps

  • anti-DNA, anti-DNA double brin,
  • anti-histones (H1, H2 A, H2 B, H3, H4)
  • anti-DNP (complexe DNA-histone)
  • anti divers antigènes chromatiniens

Pathologie

  • Lupus érythémateux systémique (anti-DNA, anti-histones)
  • Lupus induits (anti-histones)
  • Polyarthrite rhumatoïde (anti-histones)

 

Typage nécessaire des anticorps par autre technique

 

Fluorescence homogène à renforcement périnucléaire

Type d'auto-anticorps

  • anti-DNA, anti-DNA double brin,
  • anti-histones (H1, H2 A, H2 B, H3, H4)

Pathologie

  • Lupus érythémateux systémique (anti-DNA, anti-histones)
  • Lupus induits (anti-histones)

 

Ne pas confondre avec la fluorescence périnucléaire de type membranaire

 

Cas particulier des anticorps anti DNA natif (double brin)

Dans un contexte compatible avec un lupus érythémateux systémique, et lorsque est retrouvée une fluorescence homogène avec ou sans renforcement périnucléaire, il est important de rechercher les anticorps anti-ADN natif (ou double brin).

Trois méthodes sont utilisées.

L'immunofluorescence indirecte sur Crithidia luciliae (image)

Crithidia luciliae est un parasite hémoflagellé qui possède un ADN mitochondrial circulaire. Utilisé en routine, ce test est moins sensible que le test de Farr mais sa spécificité est comparable.

Le test de Farr

Il s'agit d'un test radioimmunologique.

L'ELISA

Ce test est plus sensible mais moins spécifique que le test de Farr.

 

Le double dépistage des anticorps anti-ADNn par méthode ELISA et par immunofluorescence sur Crithidia luciliae permet d'obtenir des résultats aussi fiables que le test de Farr.

Dans les quelques cas où ces deux tests divergent, une confirmation par le test de Farr est nécessaire.

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Fluorescence membranaire

Type d'auto-anticorps

  • anti-lamines A, B1, B2 et C (protéines fibrillaires de la membrane nucléaire)

Pathologie

  • Lupus érythémateux systémique
  • Sclérodermie
  • Polyarthrite rhumatoïde
  • Hépatite
  • Thrombopénie
Ne pas confondre avec la fluorescence homogène à renforcement périnucléaire

Anti - pore de la membrane nucléaire

Type d'auto-anticorps

  • gp210, nucleoporin p62

Pathologie

  • Polymyosite
  • Cirrhose biliaire primitive

Anti - matrice nucléaire

Type d'auto-anticorps

  • ribonucleoprotéines hétérogènes (hnRNP)

Pathologie

  • Lupus érythémateux systémique
  • Sclérodermie
  • Polyarthrite rhumatoïde
  • Syndrome de chevauchement (MCTD : "mixed connective tisue disease")

 

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Fluorescence mouchetée

A gros grains

Type d'auto-anticorps

  • anti-Sm (complexes RNP U1, U2, U4, U5 )
  • anti-U1-U2-U4/6 snRNP ("nuclear ribonucleoprotein" = RNP)

Pathologies asociées

  • Anti Sm :
    • Lupus érythémateux systémique (5 à 30%)
  • Anti-U1-snRNP
    • Lupus érythémateux systémique (15 à 40%)
    • Syndrome de chevauchement (MCTD : "mixed connective tisue disease") (95-100%)
  • Anti-U2-snRNP
    • Lupus érythémateux systémique
    • MCTD
    • Raynaud
    • Psoriasis
  • Anti-U4/6-snRNP
    • Syndrome de Sjögren
    • Sclerodermie

 

A grains fins

Type d'auto-anticorps

  • anti SSA (= anti Ro)

Pathologie

  • Syndrome de Sjögren
  • Lupus néonatal
  • Bloc auriculo-vetriculaire congénital
  • autres

Type d'auto-anticorps

  • anti SSB (= anti Ro)

Pathologie

  • Syndrome de Sjögren
  • Lupus érythémateux disséminé
  • hépatite chronique active

Type d'auto-anticorps

  • anti Scl70 (topoisomérase I)

Pathologie

  • Sclérodermie

Type d'auto-anticorps

  • anti Mi2

Pathologie

  • Dermatomyosite

 

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Fluorescence nucléolaire

 

Nucléolaire homogène
Nucléolaire en mottes
Nucléolaire en grains
Pm SCl
U3 - RNP (fibrillarine)
RNA polymerase I

Polymyosite

Sclérodermie

Syndrome de chevauchement

Sclérodermie systémique

Sclérodermie systémique

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Anticorps antinucléaires "solubles" ou ENA ("extractible nuclear antigens")

Parmi les ANA précités, on distingue les ANA dits "solubles" ou ENA, dont la fluorescence sur cellules Hep2 et généralement de type "moucheté" (fluorescence granulaire plus ou moins denses et à grains plus ou moins épais.

Le terme d'antigènes nucléaires solubles (ou ENA pour "extractible nuclear antigens") a été initialement utilisé pour désigner les protéines et nucléoprotéines nucléaires solubles en tampon phosphate.

Les techniques habituellement utilisées pour typer les anti-ENA sont l'immunodiffusion double d'Ouchterlony et les techniques immunoenzymatiques (ELISA et immunoblot).

Leur présence est liée plus ou moins étroitement aux pathologies citées dans le tableau ci-dessous

Principaux autoanticorps anti-antigènes nucléaires solubles

ANTICORPS
ANTIGENES
MALADIES ASSOCIEES
anti-RNP
U1 snRNP

Connectivite mixte

LED

Sclérodermie

anti-Sm
U(l-6) snRNP
LED
anti-SS-A (Ro)
Ro et ARN YC1-5)

Gougerot-Sjögren

LED

anti-SS-B (La)
La, ARN produits par l'ARN polymérase III
Gougerot-Sjögren LED
anti-PCNA
Protéine auxiliaire d'une ADN polymérase
LED
anti-Scl-70
Topoisomérase I
Sclérodermie
anti-Jo1
Histidyl-tRNA transférase
Polymyosite
anti-Pm/Scl
Nucléolaire

Polymyosite

Sclérodermie

 

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Fluorescence mitotique

Type d'auto-anticorps

  • anti-centromère

Pathologie

  • "CREST" syndrome (Calcinosis, Raynaud's phenomenon, Esophagal dysfunction, Sclerodactyly, Telangiectasia)
  • Sclérodermie
  • Cirrhose biliaire primitive

Type d'auto-anticorps

  • anti-centriole (et anti-centrosome)

Pathologie

  • "CREST" syndrome
  • Sclérodermie
  • Syndrome de Sjögren
  • Syndrome de Raynaud

Type d'auto-anticorps

  • anti-PCNA ("proliferating cell nuclear antigen" = cycline)

Pathologie

  • Lupus érythémateux disséminé
  • Lymphome
  • Bloc auriculo-vetriculaire congénital

Type d'auto-anticorps

  • anti-cycline II

Pathologie

  • Cancers
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Anticorps anti-cytoplasmiques

L'antigène cible est cette fois-ci situé dans le cytoplasme de la cellule

Type d'auto-anticorps

  • anti-Jo1 (histidyl-RNAtsynthetase

Pathologie

  • Polymyosite
  • Dermatomyosite

Type d'auto-anticorps

  • anti-Golgi

Pathologie

  • Lupus érythémateux disséminé
  • Syndrome de Sjögren

Type d'auto-anticorps

  • anti ribosome

Pathologie

  • Lupus érythémateux disséminé
  • Syndrome de Sjögren

Type d'auto-anticorps

  • anti-mitochondrie (M2 : pyruvate deshydrogenase)

Pathologie

  • Cirrhose biliare primitive
  • Sclérodermie

Type d'auto-anticorps

  • anti-actine

Pathologie

  • Hépatite auto-immune
  • Dermatomyosite

 

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N =